L’ABANDON Julio 6, 2009
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Le « trouble pour abandon » est peut être le second symptôme le plus commun, après le « trouble par remord » que l’on rencontre lors de la consultation pour des doléances chroniques. Qu’il soit réel ou figuré, ancien ou récent, conscient ou masqué, il n’en reste pas moins redoutable dans ses conséquences sur la santé mentale de l’être qui le subit… Je présente ici quelques cas représentatifs d’un diagnostic différentiel de ce symptôme si lourds à porter et si dévastateur.
Jessica P…
Quand les couleurs de l’abandon sont amères…
Femme d’une cinquantaine d’années, américaine, vivant en Provence depuis une vingtaine d’années. Elle a été mariée mais a souffert un divorce très traumatique il y a quelques années ; elle n’a jamais voulu avoir d’enfants. Elle consulte principalement pour une leucorrhée d’odeur insupportable accompagnée de sacralgies violentes et d’un prurit intolérable de l’anus depuis des années. Depuis le début de son séjour en Provence, elle peint, dessine, sculpte et crée des meubles d’art uniques… et en vit très bien.
Commentaires :
« Je suis la petite dernière d’une grande famille de onze enfants, typiquement américaine, née dans le Texas ; mes parents sont des paysans, protestants, adorables, mais qui ont beaucoup souffert économiquement au point de rompre leur couple et ils ont finalement divorcé quand j’avais dix ans. Ma mère et mes deux frères ainés nous ont élevées, ma sœur et moi (le premier frère qui nous suivait avait plus de vingt ans…).
Mon père a littéralement disparu et ni mes frères, moi-même ou ma pauvre mère ne l’avons jamais revu… Nous n’avons jamais pu comprendre pourquoi ! Toute ma vie j’ai été une femme complexée, frileuse, physiquement et moralement et quand « le chef de famille » s’est évanoui dans la nature, un mois plus tard, j’ai enduré un extraordinaire urticaire qui peu à peu a envahi tout mon corps et je l’ai gardé jalousement durant une vingtaine d’années. Un prurit physique soutenu et nourri par un prurit mental et affectif très profond. Cette période de ma vie a été un enfer quotidien, car mon corps était devenu une plaie à force de me gratter. Peu à peu, il a détruit notre couple, car je ne pouvais pas avoir de rapports sexuels normaux… !!! De toute manière, je comprends que je n’étais pas une femme facile à vivre, car mes complexes me laminaient… innocemment, j’étais bercée par l’illusion que notre amour pouvait tout, je supposais l’impossible, je croyais que mon compagnon arriverait à m’aider, à me soutenir, le désirait vraiment… en fait ! Il ne l’a jamais fait et à l’ instant où j’ai vu cette jeune femme lui parler à la station service, un jour de grande pluie, j’avais la claire intuition au fond de mon âme de ce qui allait se passer… elle était très fraiche, intelligente, jeune… j’espère de tout mon cœur que mon mari a rencontré la paix avec elle.
Ma mère, comme sa mère, était initiée à la phytothérapie et au magnétisme et elle a tout essayé, des infusions d’herbes diverses, des bains thérapeutiques au magnétisme, mais rien ne réussissait à m’améliorer jusqu’au jour où, débarquant en France, finalement, je suis allée voir un dermatologue dans un service hospitalier. Je ne connais pas le nom des remèdes que l’on m’a donnée, mais deux mois plus tard, mon urticaire avait complètement disparu et le bonheur que j’en éprouvais était indescriptible… Pourtant il fut de courte durée : peu de temps après, je ressentis une fatigue, un état d’épuisement physique comme somatique que je n’avais jamais connu auparavant, accompagné d’une perte d’appétit de vivre, un manque d’illusions, un sentiment que je ne m’en sortirais plus… Aujourd’hui, j’ai même du mal à peindre ou dessiner, c’est vous dire… »
J’interroge alors méticuleusement Jessica et très vite apparait au long de l’entretien, une couleur, une saveur amère « d’abandon ». Si elle n’éprouve aucun ressentiment, ni n’a même aucun esprit de critique malveillante… il flotte simplement autour de nous, comme une mélancolie silencieuse, pudique, presque palpable.
Diathèse héréditaire :
Diathèse « Psorique » dominante pour :
- La mère : a toujours souffert de rhume des foins de type allergique et d’eczéma sur les mains (allergie au fourrage, à une céréale ???) – femme de caractère très fort (d’origine italienne par son père et irlandaise par sa mère) – décédée suite à une erreur médicale.
- Le père : asthme chronique et allergies respiratoires…
- Les frères et sœurs : trois frères sont morts de cancers « iatrogéniques » dus à la manipulation de « laine d’amiante » durant des années (construction…) / quatre autres frères souffrent de problèmes de peau (deux de psoriasis) ou d’allergie respiratoire.
Symptômes choisis (sur une trentaine) chez cette patiente qui a toujours l’air de s’excuser, de gêner, de ne pas être à sa place…. Huit symptômes, ici en rouge, serviront pour choisir le remède qui couvrira le cas, les autres symptômes permettront d’en comprendre la « cohérence ».
- Grande peur et angoisse de mourir
- Troubles par abandon (deux fois : de son père et de son mari, parti avec une jeune femme, de vingt ans de moins que lui)
- Très complexée, ne se valorise pas
- Désespoir de s’en sortir
- Mélancolie profonde
- Troubles divers pour la suppression de son urticaire
- Aggravée par le temps orageux
- Aversion pour la viande de porc / Désir de choses acides.
- Leucorrhée d’odeur insupportable… / avec sacralgies violentes et douloureuses
- Prurit intolérable de l’anus et des parties génitales aggravé la nuit
- S’endort dés qu’elle est en position assise, même quand elle conduit
- Grande faim le soir (principale repas de loin…) et se lève même la nuit « pour grignoter »
- Souffre trop régulièrement de sciatique gauche (le 30 VB très douloureux avec irradiation vers le 60 V)
- Selles, haleine, sueur (voir leucorrhée) de mauvaise odeur… qui la complexe encore plus
- Aggravée autant par le froid que le chaud / mais frileuse l’été / grande sensibilité à l’air froid ou au changement de temps.
- Rhume des foins de type allergique depuis la suppression de son urticaire – apparait tous les ans – de forme asthmatique
Stratégie thérapeutique et traitement :
- Je décide donc de lui donner Arnica 200 CH, une dose de Globule, une fois.
- Puis vingt jours plus tard, Psorinum 3LM (suivre la posologie spécifique des LM), une seule fois
- et SL, tous les soirs durant deux mois.
Commentaire :
Je perds de vue Jessica car elle ne vient pas au 2° rendez-vous que je lui avais donné trois mois plus tard et je déménage moi-même entre temps. Deux années passent et un jour de printemps, me promenant dans les ruelles d’Aix en Provence, je m’arrête devant une galerie qui expose ses œuvres. Quand je lis son nom, j’ai du mal à le croire et je rentre, tout ému, dans le lieu d’exposition… elle est assise derrière une de ses créations, elle lève le regard et me reconnait tout de suite…
« Mon dieu, docteur O’nolan… comment avez-vous su ? »
Je ne savais pas !… vous m’avez attiré… radioniquement…
« … c’est fou !!! c’est fou !!! Que je suis heureuse de vous revoir… si vous me le permettez, j’aimerais vous inviter au restaurant car je me sens en dette avec vous… si !si ! vous allez comprendre… »
Finalement nous avons déjeuné dans un petit restaurant, « chez Charlotte » et là elle m’expliqua…
« Quand je vous ai quitté, cher docteur, je dois vous avouer que je n’ai rien fait de votre traitement, simplement je crois que je n’arrivais pas à croire en l’homéopathie… ces granules, ces dilutions, ce presque rien que vous m’avez prescrit… et puis un jour d’été, dans « un vide grenier », j’ai acheté pour un euro un petit livre intitulé « L’organon ou l’art de guérir » du Dr. Frederick Samuel Hahnemann (la traduction du regretté Dr.Pierre Schmidt)et là, le soir rentrée chez moi, je me suis mise à le lire… je ne savais même pas que ce livre était écrit par le fondateur de la médecine homéopathique à la fin du XVIII° siècle début du XIX°. Inutile de vous dire que je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit et que j’ai littéralement dévoré cette œuvre. Au petit matin, l’émotion était à son comble, je me sentais à la fois sensible et peinée, une colère grondait en moi comme un volcan. Je venais de comprendre ce qui m’était arrivée, le prurit, l’urticaire, la suppression allopathique, mon cheminement, l’abandon et vos questions bizarres durant notre entretien. La colère après moi pour ne pas vous avoir fait confiance, ne pas avoir suivi votre prescription homéopathique… Un hasard, ce livre ? Et cette rencontre d’aujourd’hui, deux années plus tard, un autre hasard ? Difficile à croire n’est-ce pas ? Carl Jung parlerait de « synchronisation ».
Cela en a tout l’air !… mais finalement, avez-vous fini par faire votre traitement ? Ici et maintenant, vous paraissez resplendissante…
« Oui ! bien sûr… j’ai eu un mal fou à le retrouver, mais finalement je l’ai commencé et là, une autre surprise m’attendait… ce que cela a remué en moi, si profondément, lentement, mais surement… au fil des mois, je me suis vue changer, j’ai pris des forces, mes symptômes ont peu à peu disparu, l’urticaire est réapparut durant une semaine, puis il s’en est allé comme il était apparu… tout cela fut pour moi une expérience presque spirituelle. Mais docteur, il faut que je vous dise le meilleur, j’ai rencontré il y a six mois, un chanteur d’opéra baroque italien, un vénitien, un bel homme de quarante huit ans… nous sommes sur un nuage. Il chante Nabucco, la Traviata, Aïda de Verdi, il joue du piano et du violoncelle et moi… je peins. Mais si vous le voulez bien, retournons à la galerie d’art, je désirerais vous montrer quelque chose…
Ici, vous voyez la majorité de mon travail et là, ce qui est plus récent… tout est moins mélancolique, plus lumineux, ouvert sur l’extérieur, il y a une soif de produire, d’enseigner, bref, un mouvement centrifuge… C’est pour cela et pour me faire pardonner que je vous offre du fond du cœur celui-ci, cher docteur, il est intitulé « En jaune et vert, facilité et légèreté de devenir »
Sans plus de commentaire…
Transmettre au patient « un rayonnement affectif » reste l’acte thérapeutique le plus efficace… le remède quel qu’il soit, lui sera toujours secondaire !
Parick’s O’nolan
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