L’ABANDON Julio 6, 2009
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Le « trouble pour abandon » est peut être le second symptôme le plus commun, après le « trouble par remord » que l’on rencontre lors de la consultation pour des doléances chroniques. Qu’il soit réel ou figuré, ancien ou récent, conscient ou masqué, il n’en reste pas moins redoutable dans ses conséquences sur la santé mentale de l’être qui le subit… Je présente ici quelques cas représentatifs d’un diagnostic différentiel de ce symptôme si lourds à porter et si dévastateur.
Jessica P…
Quand les couleurs de l’abandon sont amères…
Femme d’une cinquantaine d’années, américaine, vivant en Provence depuis une vingtaine d’années. Elle a été mariée mais a souffert un divorce très traumatique il y a quelques années ; elle n’a jamais voulu avoir d’enfants. Elle consulte principalement pour une leucorrhée d’odeur insupportable accompagnée de sacralgies violentes et d’un prurit intolérable de l’anus depuis des années. Depuis le début de son séjour en Provence, elle peint, dessine, sculpte et crée des meubles d’art uniques… et en vit très bien.
Commentaires :
« Je suis la petite dernière d’une grande famille de onze enfants, typiquement américaine, née dans le Texas ; mes parents sont des paysans, protestants, adorables, mais qui ont beaucoup souffert économiquement au point de rompre leur couple et ils ont finalement divorcé quand j’avais dix ans. Ma mère et mes deux frères ainés nous ont élevées, ma sœur et moi (le premier frère qui nous suivait avait plus de vingt ans…).
Kumar T… Quand un ventilateur devient votre « ad eternam »… Mayo 29, 2009
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Kumar T… Quand un ventilateur devient votre « ad eternam »…
Nous avons vécu un peu plus de trois années en Inde du Sud, en pays Tamoul et ce cas clinique appartient à cette époque récente (de 2005 à 2008) où j’ai été amené, à Pondichery ou à Kodaikanal, à faire des consultations auprès de gens humbles. Pour pouvoir mener à bien ces entretiens, il était absolument nécessaire d’avoir recours à un traducteur Tamoul/français pour les hommes et d’une traductrice pour les femmes. Ici, se sont deux Tamouls, Charles (le mari de notre fille) et Leena (notre cuisinière) qui ont eu la gentillesse de nous aider dans cette tâche… parfois littéralement surréaliste.
Kumar est un homme dont l’âge peut être compris entre les trente et les quarante ans. Comme souvent en Inde, dans la population pauvre, l’âge est difficile à déterminer sous la patine d’une vie dure ou dans le cas particulier de Kumar, mais ils sont beaucoup comme lui, alcoolisés dès la prime jeunesse. Cet homme est sympathique et sous son air toujours souriant, on surprend pourtant des regards d’une grande tristesse… Il conduit depuis une vingtaine d’années un rickshaw à pédale très coloré dont il prend soin comme de la prunelle de ses yeux, comme la vierge Marie peinte à l’arrière qui lui sert ici, étant chrétien, de porte bonheur et qu’il vénère par-dessus tout. Depuis des années déjà, il dort dehors, à la belle étoile avec toutes ses affaires enfournées dans des sacs plastique. Un chien, qui n’est pas le sien, le prend pour Maître et chaque nuit, contre une maigre pitance, devient le roi du carrefour et veille sur leurs rêves et leurs repos. Nous faisons l’entretien avec l’aide de son fils aîné, Vijay, âgé d’une quinzaine d’années (mais qui ici, en Inde, est déjà un homme…).